Généalogie de José CHAPALAIN


 

 

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La Gloire sur le site de JL Lesaffre        http://monsite.wanadoo.fr/Mouchoirs/ 

 

 La GLOIRE Frégate à 52 Canons.

Les documents suivants (texte et photo) qui représentent un témoignage très intéressant sur la vie des marins à l'époque des faits m'a très aimablement été transmis par B Perchey.

Document de B Perchey :  que je remercie pour son autorisation pour l'insérer sur ce site.

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          Campagne de CHINE 1846 * 1847 * 1848 .

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la Gloire

 

 Fait à bord de la Frégate ‘’La Gloire’’ pendant la campagne de Chine   Par LOUIS-VICTOR  COURILLON . 

      La ‘’Cléopâtre’’ ayant terminé sa station ,dans les Mers de Chine ,on envoya la ‘’Gloire’’ pour la relever . Cette dernière fût bientôt armée ,et le 11 juillet 1846 ,nous appareillâmes de la rade de Brest pour nous diriger sur Cadix , ville espagnole , où nous arrivâmes le 20 juillet , après une courte traversée . Nous trouvâmes sur cette rade ,le brick de l’état le ‘’Cygne’’ sur lequel se trouvaient 20 matelots canonniers  ,que la frégate ‘’L’Iphigénie’’ y avait laissé pour nous . Ils devaient remplir à bord les fonctions de chef de pièces . Le lendemain ,nous pûmes contempler la blancheur des maisons et la beauté de la ville ,quoique nous ne pûmes tous descendre à terre . On trouve dans la ville de Cadix toute sorte de fruits et de légumes en abondance . Le raisin , les melons ,les figues ,les pommes etc.., tout cela à un prix abordable ainsi que le giroman ,les choux ,et la salade que l’on trouve en grande quantité .La ville est fortifiée de tous côtés par de jolies forteresses ,bien bâties et bien approvisionnées . La rade est assez grande et presque toujours couverte de navires ,tant de guerre que marchands de toutes les nations . Nous avons salué la Nation espagnol de 21 coups de canons et l’on nous rendit notre salut  .C’est en mouillant devant Cadix que nous avons cassé notre chaîne d’ancre ,mais elle fût bientôt réparée . On y remarque entre autre un phare   destiné à guider les navires ,qui pourraient se jeter sur certains brisants qui sont sur le bord de la côte .La ville est remplie d’église et le peuple passe pour être religieux ,mais ils sont traîtres car la plupart des espagnols portent sur eux une espèce de poignard ,appelé stylet . Je pus me procurer le plaisir de visiter par moi-même cette belle ville .J’étais alors canotier , quoique nous n’y fîmes qu’un très court séjour ,afin de pouvoir arriver au plus vite au but du voyage que nous commencions d’entreprendre .D’ailleurs ,nous ne nous arrêtions que pour prendre les canonniers dont j’ai parlé plus haut et pour remettre quelques envois pour le consul et pour le brick le ‘’Cygne’’ .Notre but étant rempli entièrement ,nous fîmes donc nos préparatifs de voyage qui se terminèrent .Le 25 juillet nous levâmes l’ancre et mîmes le cap sur Ténériffe . La traversée fût courte et encore plus belle que celle que nous venions de faire ,et avec les vents favorables ,le 29 juillet ,à 11 heures du matin ,nous avons jeté l’ancre devant la petite ville de Sainte Croix de Ténériffe . Cette ville petite à la vérité ,se trouve située au pied de hautes montagnes couvertes d’orangers ,de bananiers et plusieurs arbres dont la plupart ne se trouve pas en France .La position offre un site agréable à la vue ,et la sombre masse des montagnes forme un contraste ,avec l’éclatante blancheur des maisons .Le climat y est très chaud ,et les espagnols qui habitent dans ces parages ,sont plus bronzés que les habitants de Cadix .C’est de l’autre côté de ces villes que se trouve le fameux Pic de Ténériffe ,qui dit-on se laisse voir à une vingtaine de lieues de distance . On trouve à peu près les mêmes fruits qu’à Cadix ,des ananas ,des mangues ,des amandes etc.. La ville de sainte Croix se trouve protégée du côté de la mer ,par 2 petits forts ,qui sont bien bâtis et bien approvisionnés ,mais peu considérable par leur armement .A notre arrivée ,nous saluâmes la nation espagnole de 21 coups de canon ,et à midi nous célébrâmes les fêtes de juillet par 21 autres coups de canon .Nous ne restâmes que quelques heures au mouillage , car nous n’avions relâché  à cet endroit que pour satisfaire aux besoins du commandant et de notre état-major .Le même jour ,à 4 heures du soir ,nous quittâmes cette ville où nous avions trouvé de nombreux rafraîchissements .Je n’ai rien dit des habitants ,car ce sont les mêmes qu’à Cadix ,seulement ,ils sont plus voleurs et plus noirs que ces derniers .

     Nous avons mis alors le cap sur le Cap De Bonne Espérance ,autrefois dit le Cap Des Tempêtes et si nous n’avions encore éprouvé aucun accident fâcheux ,ce fût dans l’espace de temps que dura cette traversée ,que nous eûmes le plus de pertes à regretter .Nous perdîmes 9 hommes ,morts de maladie ou tombés à la mer sans que nous puissions les sauver . Ou encore tombés de la mâture ,en un mot morts le plus souvent de mort violente que de leur propre mort .Ce fût pendant cette même traversée  que nous effectuâmes le passage de la ligne . Je fus alors témoin d’une scène assez amusante et qui se pratique à bord de tout navire qui passe la ligne pour la première fois Je m’arrête ici un petit instant ,pour la première fois et pour vous donner quelques détails  ,sur la fête dite ‘’Fête du Bonhomme la Ligne’’ .Je vais vous faire connaître les fonctions de chacun des acteurs qui paraît en scène ,dans ce divertissement maritime .

1° Un postillon ,un valet et son maître ,un perruquier et son garçon .

C’est à monsieur et madame Ligne que furent rendus les plus grands honneurs . Assis nonchalamment dans une petite voiture ,disposée pour la fête ,ils se rendirent à une petite chapelle prévue à cet effet .Ils étaient suivis et précédés par plusieurs autorités dont voici les principaux : Neptune armé de son trident ,Satan armé d’une fourche ,un capitaine de Gendarmerie ,suivi de quelques gendarmes ,un garde police ,un brigadier de gendarmerie , un curé ,des diablotins et quelques sauvages . Tels sont les personnages qui agissent dans cette fête de la manière suivante : la veille ,le postillon va annoncer à haute voix l’arrivée du bonhomme ‘’La Ligne ‘’ ,pendant que le meunier vient offrir des œufs et des crêpes et de la farine .Le lendemain ,monsieur et madame ‘’Ligne’’ suivis de leur imposant cortège ,se rendent à la chapelle dont j’ai parlé ci-dessus .Le curé fait un long sermon sur les petites misères de la vie de matelot .L’allocution terminée ,les gendarmes saisissent indistinctement tous ceux qui n’ont pas encore passé la ligne à mesure qu’ils arrivent ,on les fait passer un à un par les mains du perruquier ,qui un rasoir et un peigne de bois à la main ,les fait s’asseoir sur une baille pleine d’eau recouverte d’une petite planche .A un signal convenu ,on retire la planche et le patient tombe le derrière dans l’eau . On l’arrose alors du mieux qu’il est possible et on le renvoie ainsi .On procédera de même pour tous ceux qui reçoivent le baptême .Le soir ,les acteurs donnent un bal masqué ,et le lendemain ,le travail reprend son cours habituel .Tel est en peu de mots le baptême de la ligne .

     Le 15 août à minuit ,un météore nous apparut pendant 3 secondes .le 19 septembre nous perdîmes notre canot major ,qui fût enlevé d’un coup de mer ,qui nous recouvrit de l’avant à l’arrière .Le lendemain 20 septembre ,nous vîmes la côte d’Afrique ,mais la force des flots était si grande que nous fûmes forcés de virer de bord et ce ne fût que le 30 septembre que nous pûmes entrer dans la baie de Falsebay , nous y jetâmes l’ancre à 2 heures du matin .

Cette petite colonie anglaise est située au fond d’une baie profonde , entourée de montagnes arides ,couvertes de broussailles ,au pied desquelles se trouve une belle plage de sable finet blanc comme la neige . Les maisons anglaises y sont bien bâties alors que les noirs habitent dans de misérables cases et sont presque tous des esclaves .On ne trouve que peu de choses utiles à la vie ,et pour se procurer quelques provisions , on est forcé d’aller jusqu’à la ville de Tablebay qui en est à peu de distance . L’argent français y perd considérablement sur sa valeur. On y remarque un feu placé sur un rocher qui est à fleur d’eau et qui est destiné à préserver les navires qui peuvent entrer dans cette rade . Nous reçûmes à bord la visite du Consul ,et de plusieurs dames de la plus haute noblesse du pays , et ce fût la cause de plusieurs danses , et de plusieurs repas pour notre état-major . Le climat du pays y est doux et tempéré ,et on y trouve de jolis oiseaux ,tels que colibris et des martins pêcheurs  ,mais également de l’autruche ,oiseau d’une grosseur énorme ainsi que d’autres dont j’ignore le nom . On y remarque également des tortues ,des lézards ,quelques petits serpents ,des scorpions et bien d’autres insectes ,qui me sont entièrement inconnus .

C’est aussi dans ces parages que l’on trouve des samiers au plumage noir et blanc ,et des albatros ,d’un blanc éclatant .Cette variété d’oiseaux et d’insectes donna lieu ,pour nos officiers ,de faire de grandes collections .Nous profitâmes de notre séjour dans ces parages , pour faire nos provisions de vivre et d’eau ,ainsi que de légumes frais . Il y avait sur la rade de Falsebay ,deux frégates anglaises et une corvette appelée la ‘’Talisfire’’ qui partit pour l’Angleterre quelques jours après notre arrivée . Je descendis à terre sur cette côte pour aller faire des provisions de bruyères pour faire des balais .J’y fus trois jours de suite pendant un certain temps , c’est ce qui me donna l’occasion de faire des remarques sur ce pays au climat doux et tempéré . Nous restâmes une quinzaine de jours dans ce charmant pays  ,et le 14 octobre ,nous décidâmes à faire voile pour l’île Bourbon . Nous perdîmes deux de nos hommes pendant le cours de cette traversée ,l’un d’une phtisie pulmonaire ,l’autre noyé sans ressource . Nous n’aurions pas eu à nous plaindre sans ces fâcheux accidents ,car la traversée fût presque constamment belle ,si l’on excepte quelques jours où la mer était un peu grosse ,et les vents contraires .

    Ce fût le 29 octobre ,après avoir longé l’île dans toute sa longueur ,que nous arrivâmes au Cap St Bernard derrière lequel se trouve la ville capitale Saint-Denis ,devant laquelle nous jetâmes l’ancre .Cette île montre une fort belle perspective ,dans toute son étendue

Ce sont de hautes collines ,couvertes de cannes à sucre ,de tabac , de goyaves , de bananiers et de toutes espèces d’arbres fruitiers .En un mot ,  jusqu’au Cap St Bernard  ,qui une montagne fort haute ,très escarpée et pleine de fertilité . Nous jouîmes en cet endroit de tout ce qu’un matelot peut jouir étant au service . Il nous vint à bord un marchand ,qui nous procurait des fruits de toutes espèces ,tel que des mangues , des carassoles ,des cocos ,des pommes , des poires etc. En un mot ,Bourbon serait un paradis ,si la rade n’était pas pendant l’hiver exposée aux coups de vent ,ce qui force les navires qui s’y trouvent à appareiller immédiatement ,afin d’éviter le danger ,qui pourrait leur coûter naufrage .

Notre commandant fût presque constamment à terre chez le gouverneur ,pendant le temps que nous y restâmes . Nous y remarquons un hôpital ,une caserne militaire devant laquelle se trouve un mât de pavillon pour faire des signaux aux navires qui sont constamment sur la rade pendant la belle saison . Nous y étions sur la fin de l’hiver ,et cependant la chaleur commençait à se faire sentir ,quoique le climat y soit doux .Nous eûmes constamment du beau temps  ,durant notre séjour et n’avons eu aucun incidents à déplorer . Nos canonniers descendirent à terre et nous rapportèrent quelques productions du pays ,entre autre quelques cannes à sucre ,le sucre ,l’indigo , le riz et le tabac qui sont assez bon marché

dans cette île .De nombreux navires marchands viennent y faire leur chargement . On trouve aussi de jolies variétés d’oiseaux et quelques coquillages . Les naturels sont forts doux ,d’une couleur un peu bronzée ,tirant plus sur le blanc que sur le cuivre . On y voit aussi quelques chinois et des canaques ,ces derniers étant des esclaves . Je m’arrête ,car que pourrai-je dire de plus sur l’île Bourbon ,que de vous faire savoir que c’est un véritable Paradis ,sous le rapport du bien-être ,et que c’est sans contredit une de nos belles possessions françaises ,ou du moins une de nos plus fertiles .Nous y trouvâmes en station les deux corvettes la ‘’Prudente’’ ,la ‘’Zélée’’ et le brick le ‘’Voltigeur’’ .

              Départ de l’île BOURBON .

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     Nous appareillâmes le 10 novembre pour Amboine . La traversée n’offre rien de très remarquable ,si ce n’est la douleur de perdre deux de nos hommes ,morts de maladies .Ce fût un mélange de beau et de mauvais temps ,et le 28 novembre nous vîmes plusieurs baleines ainsi que les jours suivant ,jusqu’au6 décembre où elles ne parurent plus . Le 8 décembre ,nous attrapâmes un énorme requin qui avait 15 pieds de longueur .Le 10décembre 1846 ,nous parlâmes au brick le ‘’Topara’’ ,parti du Havre au commencement d’août ,qui faisait route sur Manille ,colonies espagnole . Nous arrivâmes bientôt dans l’archipel des Moluques  ,où l’on  remarque les îles de Timor ,de Rombay ,de Solor et d’autres moins importantes . Toutes sont habitées par des peuples de race malaise ,peuples traîtres ,qui font le commerce de pirate . Les plus grandes îles appartiennent aux hollandais ,ainsi qu’un groupe de 11 îles dont la principale est Amboine ,où nous nous arrêtâmes quelques temps pour renouveler notre provision d’eau . Nous sommes arrivés le 25 décembre 1846 . Amboine est au fond d’une grande baie entourée de hautes montagnes qui offrent un superbe aspect ,à cause de leur belle verdure ,tout le long de la côte ce ne sont que palmiers et bananiers ,dont les fruits sont excellents . La ville se trouve placée au pied de hautes collines verdoyantes et couvertes de bois . Mais elle est mal bâtie car ce ne sont que des cases couvertes de toute part de chaume  .Il faut toutefois excepter quelques maisons qui sont de construction hollandaise , entre autre le palais du gouverneur et quelques petites forteresses ,dont une est située sur un îlot . Les indigènes sont très doux ,mais trompeurs ,ils n’ont pour tout vêtement qu’un petit caleçon qui leur cache les parties sexuelles .Ils sont encore dans un état presque sauvage ,et la civilisation n’a fait chez eux que de faibles progrès . On peut se procurer des fruits pour quelques objets de peu de valeur ,tels que petites bagues , des couteaux et plusieurs autres bagatelles .Ils sont forts amateurs de notre biscuit .La rade n’est pas très profonde ,et on y voit à l’entrée un banc de sable assez considérable . On peut voir également des bateaux renfermant des familles entières d’indigènes . Les mœurs de ces peuples sont grossières .Nous reçûmes à notre bord la visite du gouverneur hollandais ,qui vivait à cet endroit .Il était suivi de quatre indigènes portant un parasol d’une grandeur démesurée ,destiné à le protéger  de la chaleur .Il était venu dans une pirogue assez belle ,et ornée de gris-gris grossiers .Les rameurs étaient des naturels du pays ,et quand il partit ,ils jouèrent du tam-tam ,espèce de tambour , à qui prouve les plus grands honneurs . Nous reçûmes également la visite du commandant et de l’état-major d’une goélette hollandaise , qui se trouvait alors en station dans ces parages .

Cette visite fut encore le sujet de danses et de repas donnés entre les officiers . On y trouve des fruits en abondance ,mais aucune des choses qui sont utiles à la vie telles que les armes et les vêtements  ,car ils n’ont aucune industrie .Le climat y est chaud ,mais les pluies y sont fort abondantes et c’est ce qui le rend malsain .Nous n’eûmes heureusement aucune victime du mauvais air et du mauvais climat qui règne dans ce pays .On y voit aussi quelques chinois qui habitent la côte principale de la ville et qui ont les plus belles maisons .Ce fût à Amboine que l’on inaugura un théâtre à bord de la ‘’Gloire’’ et aussi la première fois que l’on donna la représentation des ‘’Deux divorcés ‘’.Cette pièce fût assez bien jouée ,et les officiers hollandais qui étaient venu à bord pour cette occasion ,l’applaudirent à tout rompre .

     Nous ne fûmes que peu de temps dans ces parages ,car le 3 janvier1847 nous appareillâmes enfin pour notre destination finale .Notre traversée fut courte , et n’offre rien de remarquable , excepté l’équipage fût à la ration d’eau ,pendant 8 jours à cause de la grande chaleur ,et du calme que nous trouvâmes en partant d’Amboine .Le 25 janvier 1847 ,nous aperçûmes une grande quantité de jonques chinoises ,et le même jour ,le pilote vint à notre bord . Le lendemain ,à 6 heures du soir environ ,nous entrâmes dans la baie au fond de laquelle se trouve Macao .Cette ville se trouve au pied de trois hautes montagnes en forme d’amphithéâtre . La rade est peu profonde ,ce qui force les gros navires à mouiller loin de la ville sur un fond de vase . Cette ville est situé sur la côte d’Asie ,et la rade est formée par un nombre considérable d’îles plus ou moins grandes ,et groupées en un espèce de grand cercle . Nous mouillâmes à 5 miles de la ville ,car nous calions trop d’eau ,pour la profondeur de la rade ,et encore nous étions mouillés par5 brasses d’eau . La ‘’Cléopâtre’’ que nous venions remplacer est alors à Manille ,ville espagnol ,espacée de 300 lieues de Macao ,aussi fûmes nous forcés de l’attendre pour lui remettre les lettres et les dépêches que nous avions pour elle .Nous ne la vîmes pas encore ,mais nous eûmes le plaisir de voir la corvette ‘’La Victorieuse’’ ,qui se trouvait en station avec la ‘’Cléopâtre’’ .Nous parlerons plus tard de ces deux navires ,et je vais d’abord vous donner des détails intéressants sur Macao . Cette ville est bien bâtie ,et protégée par des remparts  ,sur lesquels sont érigées des belles forteresses . Elle est habitée par des chinois et des portugais ,c’est ce qui nous donna l’occasion de saluer la nation portugaise par 21 coups de canon . Les chinois y sont en assez grand nombre ,et sont tous très industrieux . On trouve chez eux de très belles soieries et beaucoup d’autres objets de curiosités .Les femmes ont presque toute des petits pieds , et si l’on en croit ce que l’on en dit ,on leur met les pieds dans des souliers en fer dès leur enfance ,afin que les pieds ne prennent pas un trop grand accroissement .

Je n’affirmerai rien la-dessus ,car je craindrai trop de m’éloigner de la vérité . Le climat y est à peu près dans les mois de janvier et de février celui de l’Europe ,c’est à dire ,froid  mais sec .Dans les mois d’avril et suivant ,il y règne des pluies abondantes ,accompagnées de vents continus . Tous les navires au mouillage sur cette rade ,reçoivent les vivres qui leur sont nécessaire d’un fournisseur ,qui vient chaque jour les apporter dans une jonque .

Les vivres sont bons ,on trouve des bananes en grande quantité ,des oranges ,des prunes ,des pommes ,des poires ,et des légumes ,comme le chou ,l’oignon ,le giromon . Les chinois ont la tête rasée à l’exception du sommet qui est couvert par une seule mèche de cheveux tressés jusque derrière les talons . Ils sont très bien vêtus et chaussent des espèces de sandales .Leur tête est recouverte par une calotte ,comme celle des prêtres français . Ils se servent de deux baguettes pour manger ,avec une grande dextérité . Ils fument de l’opium mélangé à du tabac en grande quantité ,et c’est la cause principale de la courte durée de leur vie . Le bas peuple ne se nourrit qu’avec du poisson et du riz bouilli . Il y a aussi beaucoup de marchands tartares ,mais il ne leur est pas permis de rester en ville ,et ils vivent en famille sur des bateaux nommés ‘’Tangua’’ Pour les reconnaître  ,ils ont tous un anneau d’argent à la jambe et au bras . Ils n’ont que deux heures par jour pour descendre à terre faire leurs provisions .

     L’argent français passe là sans aucune perte ,mais l’argent espagnol y a plus cours que le nôtre .Ils ont l’habitude de percer toutes les espèces de monnaie ou de la couvrir de caractères chinois ,ce qui mutile extraordinairement les pièces dont on se sert dans cette ville . Les souliers à la mode française y sont à très bon compte ,mais peu solides .Les chemises et les pantalons blancs y sont également peu coûteux  . Voilà tout ce que j’ai à dire sur Macao .

     Je vais maintenant vous faire part des événements qui sont arrivés pendant la station que nous fîmes en Chine :

Nous étions là depuis quelques temps ,lorsque le 18 février 1847 ,la ‘’Cléopâtre ‘’ ,commandée par le contre-amiral  Cécile ,revint de Manille . Nous le saluâmes de 21 coups de canon ,en l’honneur de son commandant . L’amiral Cécile ne vint nous visiter que le 1er mars  1847 .Il dîna avec notre commandant ,Monsieur Lapierre ,et voulut bien assister à la représentation que donnait ce jour là le Théâtre de la ‘’Gloire’’. Dès le lendemain la ‘’Cléopâtre ‘’ appareillait pour renter en France . Rien de nouveau ne se passa jusqu’au 10 mars ,jour où la corvette ‘’La Victorieuse’’ appareilla pour Tourane ,ville principale de la Cochinchine ,où nous avions quelques affaires à régler . Elle fit toutefois provision de boulets ,de cartouches ,de munitions de guerre ,qu’elle vint prendre à notre bord avant de partir . Nous ne tardâmes pas à la suivre , car le 15 mars 1847 à 11 heures du matin ,nous appareillâmes pour la ville de Tourane . La traversée fût courte et n’offrit rien de remarquable ,sauf qu’elle fût pénible à cause du calme qui nous prit et de la grande chaleur que nous ressentions . Nous arrivâmes à Tourane le 23 mars 1847 à 4 heures de l’après midi ,et avons profité du beau temps pour parer notre gréement .Nous commençâmes par déverguer les voiles et le lendemain de notre arrivée , nous envoyâmes les basses vergues ,les vergues  et les mâts de hune en bas . Ces réparations ne nous tinrent que peu de jours ,car la semaine suivante nous envoyâmes tout le gréement en haut .Je vais vous laisser des détails pour vous faire connaître autant que possible la Baie de Tourane

Combat de Tourane –Baie de Tourane –

 

     La baie de Tourane offre de chaque côté des de hautes montagnes escarpées et incultes , le fond de la baie est une côte plate et sableuse avec au milieu une grande et belle rivière sur les rives de laquelle se trouvent deux forts avec pavillon Cochinchinois . Cette grève  est très large et est couverte de paillotes où vivent de misérables pêcheurs .Ce n’est là qu’un petit village ,car la ville est à l’intérieur des terres ,et on ne peut la voir de la rade  . Sur le côté gauche de la baie ,se trouve un cap qui s’avance en travers ,et sur lequel se trouve un fort qui défend l’entrée de la rade . A l’intérieur de ce cap ,un petit îlot où se trouve une chapelle ,où les Cochinchinois rendent leur culte à leur dieu ,et c’est derrière cet îlot ,que les navires trouvent un mouillage sûr et commode . Les montagnes abritent quelques cases

Bâties sur une petite grève qui longe la côte . A notre arrivée ,nous avons trouvé cinq corvettes cochinchinoises à peu de distance de la terre   .La ‘’Victorieuse’’ était mouillée près de ces corvettes ,et nous jetâmes l’ancre un peu plus au large .Telle est , en peu de mots la situation qui se présente sur cette rade .Le climat y est un peu chaud ,mais supportable . On voit des singes en grande quantité dont la couleur est d’un gris foncé , mais leur jambes leurs bras et leur tête sont rougeâtres . On y trouve des cocos ,des bananes  et beaucoup de fruits divers . La ville et les environs renferment de très beaux rochers de marbre . Nous allâmes à terre laver notre linge ,ce qui fût pour nous un réel plaisir . Ce bien-être ne fût pas de longues durée ,car nous étions venus pour régler des affaires d’état qui ne nous permirent pas de nous abandonner à la confiance des cochinchinois . La raison de notre présence ,était de réclamer un missionnaire ,qu’ils détenaient prisonnier , et nous avions à bord un évêque et deux interprètes ,afin de pouvoir entrer en négociation , avec les autorités de Tourane .Notre commandant ,fit d’abord demander au Mandarin ,la rémission de notre missionnaire . On lui répondit qu’il était absent en voyage pour Batavia . Le commandant voyant qu’ils cherchaient à nous tromper ,résolut de venger la mort du prêtre qu’il jugeait certaine . Nous fîmes tout ce qui était possible pour éviter un conflit armé , et pour qu’on ne juge pas notre intervention trop prompte ,et que si nous les combattions ,c’était à cause de leurs mensonges et de leur perfidie . Nous n’employâmes la force qu’après avoir envoyé une foule de parlementaires à plusieurs reprises . Le 10 avril , nous envoyâmes nos embarcations ,armées en guerre ,s’emparer des deux bateaux qui servaient à ravitailler les corvettes cochinchinoises en vivres et en munitions . ces corvettes avaient commencé à se gréer dés notre arrivée ,mais nos embarcations ,sous la menace les forcèrent à se dégréer et prirent toutes les voiles qu’ils trouvèrent à bord . Nous mouillâmes ces deux bateaux près de nous ,afin de les surveiller ,et nous transportâmes à notre bord tout ce qu’ils contenaient . Les négociations reprirent et on essaya d’établir un traité ,qui fût dénoncé  par eux ,comme caduc . Après un dernier effort pour éviter de répandre le sang ,nous avons saisi les dernières provisions de guerre qui restaient sur les deux bateaux et en avons  débarqué les hommes ,nous nous sommes disposés à ouvrir le feu . Et à 11 heures 15 du matin ,nous avons tiré le premier coup de canon dirigé sur les corvettes .A ce moment , ces derniers hissèrent leurs pavillons de guerre ,pavillon à damiers blancs et bleus  ,et nous continuâmes le feu avec ardeur . La corvette ‘’La Victorieuse ‘’ se trouvant plus exposée au feu de l’ennemi ,nous seconda malgré tout ,avec succès et à 12 heures 10 ,le navire amiral et deux autres corvettes furent envoyées par le fond . Les autres corvettes s’étaient rendues dès le début de l’engagement ,mais notre commandant ,monsieur Lapierre ,ne voulut pas les laisser aux cochinchinois ,de crainte qu’ils ne les réutilisent contre nous , et donna l’ordre de les brûler . Il ne voulut même pas leur laisser les deux bateaux ravitailleurs et ordonna leur incendie ,le soir même . Nous fîmes nos préparatifs de départ ,et le lendemain ,après une nuit agitée ,nous avons levé l’ancre ,suivi par la corvette ‘’La Victorieuse ‘’ en route pour Macao . Nous y amenions nos trophées ,composés de plusieurs pavillons dont deux des plus curieux sont maintenant à Paris aux Invalides . Il y avait aussi une dizaine de pierriers ,que nous fîmes fondre plus tard pour faire des réas pour nos poulies ,et des piques ,des sabres ,des fusils et des grenades . Nous sortîmes de la baie sans aucun incident ,les forts que nous passions à portée de canon ,n’osèrent pas tirer ,malgré les signaux que leur faisaient les deux forts situés à l’entrée de la rivière .Nous aperçûmes le soir une corvette cochinchinoise qui rentrait à Tourane ,mais elle passa à une trop grande distance pour que nous puissions l’attaquer . Nous n’eûmes aucune perte à déplorer à bord de ‘’La Gloire’’ ,mais la ‘’Victorieuse’’ eut un mort et deux blessés ,et reçut deux boulets ,qui entrèrent de 10 centimètres dans sa coque ,sans pourtant faire d’avaries . Les pertes côté cochinchinois ,ont été évaluées à 2.813 tués dans le combat ,et deux millions de francs de dégâts .Malgré notre désunion avec ce peuple ,nous n’hésitâmes pas à recevoir et à soigner quelques blessés . Nous en gardèrent un jusqu’à Macao ,où il mourut des suites d’une blessure au genou droit . Nous fîmes route avec la ‘’Victorieuse’’ jusqu’au 22 avril ,jour où nous la perdîmes de vue , après qu’elle ait reçu l’ordre de se rendre à Hong-Kong ,ville appartenant aux anglais . La traversée n’offre rien de remarquable ,si ce n’est le fait que nous avons dû souvent mettre en panne pour attendre la ‘’Victorieuse ‘’ qui marchait moins bien que nous  .Nous entrâmes seuls à Macao ,le 24 avril ,où nous avons mouillé à 11 heures du matin. Le lendemain de notre arrivée ,l’évêque que nous avions à bord partit pour Hong-Kong rejoindre la ‘’Victorieuse ‘’ et se disposa à partir pour Paris ,afin de porter la nouvelle de notre victoire au Roi .Il devait lui demander également de ratifier l’avancement que le commandant demandait au ministre ,en faveur des marins de la ‘’Gloire ‘’ et de la ‘’Victorieuse ‘’,pour récompenses des succès qu’ils avaient eu le 15 avril 1847 à Tourane .

Les jours suivants se passèrent à faire des demandes au consul français pour obtenir des vivres dont nous avions besoin et à nous reposer des fatigues que nous venions d’endurer .

C’est ainsi que se passa la fin du mois d’avril ,car le temps ne permettait pas de faire le moindre exercice . Célébration du 1er mai ,débarquement de la poudre ,pour visiter les soutes  .Arrivée de la ‘’Victorieuse’’  et fin de l’embarquement de nos provisions ,et départ de Macao pour Whampou . Nous vîmes arriver la fête du roi ,et tout était préparé pour la St Philippe et pavoiser en son honneur . Mais le temps et la pluie qu’il fit ce jour là ,y firent obstacle ,et on se borna à hisser le pavillon portugais au grand mât ,ainsi qu’aux autres mâts et nous tirâmes 21 coups de canon à huit heures , 21 autres à midi et autant à 6 heures  du soir ,en amenant les couleurs .Telle fût pour nous la fête du Roi ,mais le commandant offrit un repas à tous ses officiers ,et la journée se termina sans incidents .

Nous appareillâmes donc pour Whampou ,village situé dans la rivière de Canton ,et ce ne fût pas sans mal que nous y arrivâmes ,car nous avons du mouiller par 8 fois .Le 30 mai 1847 vers les 2 heures de l’après midi . Nous avons cassé une de nos chaîne d’ancre ,mais la réparation a été vite faite . Nous avons salué la nation anglaise de 21 coups de canon , ils nous rendirent la pareille quelques jours après . Nous envoyâmes une salve de 15 coups de canon ,pour honorer la mort d’un gouverneur américain . Nous avons essuyé un fort coup de vent ,mais nous étions relativement bien abrités . Je ne vous donnerai qu’un faible détail de la rivière de Canton , très bien fortifiée à l’entrée ,elle possède plus de 600 pièces d’artillerie . C’est à Whampou que nous avons perdu un marin mort de la dysenterie ,et où nous fûmes forts tourmentés par les moustiques ,petits insectes piqueurs , la peau enfle à la partie piquée et cela fait beaucoup souffrir .Le 13 juillet 1847 nous avons levé l’ancre et avons descendu la rivière jusqu’à Bocatygris ,à l’embouchure du fleuve  .Nous n’y restâmes que peu de temps ,car le 27 juillet ,nous appareillâmes pour le nord de la Chine . Le 29 juillet nous célébrâmes les fêtes de juillet en hissant un pavillon à chaque mâts . Le 30 juillet ,nous appareillions pour nous diriger sur l’archipel de Corée ,où nous devions récupérer un missionnaire .Les jours suivants  ,nous vîmes la terre  ,jusqu’au 5 août ,puis à partir du 6 ,nous l’avons perdue de vue . La traversée fût belle et le vent toujours favorable ,nous avons trouvé une brume qui était fort épaisse ,en arrivant le 9 août en vue de quelques îlots en direction de l’île Salustré . Le 10 août ,nous vîmes un grand nombre d’îles que nous doublâmes rapidement ,car le vent ayant augmenté ,notre misaine s’est déchirée . On travailla immédiatement à la remplacer ,et on établit les basses voiles ,pour renverguer la misaine . Mais le vent et la mer augmentant constamment ,la manœuvre devint difficile et la ‘’Victorieuse’’ qui était devant nous ,signala que la route était dangereuse et qu’il y avait des hauts-fonds .Nous lui fîmes le signal de virer de bord pendant 10 minutes et de continuer la route . A midi , nous essayâmes de virer de bord , mais ayant manqué notre virage ,nous dûmes virer lof pour lof et la frégate talonna fortement . La plus grande confusion et la plus grande frayeur se montra alors sur tous les visages et une grande incertitude sur notre devenir ,vint s’ajouter à l’angoisse . Nous larguâmes toutes nos voiles dehors , afin de parer ,s’il était possible de nous sortir de cette fâcheuse position . Ce fût inutile ,car quelques minutes après la corvette la ‘’Victorieuse ‘’ se trouva échouée et nous talonnâmes une seconde fois avec violence . Nous avons alors mouillé l’ancre tribord ,mais la force du courant ayant jeté la frégate sur son ancre , nous nous sommes retrouvés avec une voix d’eau et la fausse quille arrachée .La corvette mouilla également son ancre ,avec apparemment plus de réussite que nous . On travailla aussitôt à mettre les embarcations à la mer , on serra les voiles ,et dépassant  les mâts de perroquets ,on élongea les grelins à la ‘’Victorieuse’’ ,dans l’intention de la sauver . La mer était si grosse que nous ne pûmes y réussir . Nous avons pompé et vers le soir à 19 heures on a calé les mâts de hune ,et on a utilisé les basses vergues en guise de béquilles . On a travaillé toute la nuit ,à pomper ,à abriter les vivres et la poudre ,et enfin tout ce que nous pouvions sauver . La frégate talonnant toujours ,ne tarda pas à faire eau de toute part . La corvette ,elle se trouva à sec de basse mer , perdant deux hommes et deux embarcations .A 6 heures la mer montante envahit la cale qui fût bientôt inondée .Le soir la corvette mit un feu à sa corne et nous fîmes de même ,feu qui resta allumé toute la nuit . A 8 heures ,il y avait 10 pieds d’eau dans la cale ,la cambuse et le magasin général furent bientôt inondés  .La nuit se passa dans une espèce d’angoisse ,chacun se demandant ce que lui réservait l’avenir  .Egaré sur une terre étrangère ,éloigné de toute civilisation ,sans la moindre chance de pouvoir s’en tirer ,par ses propres moyens . Et hélas ,ils n’étaient pas très abondants , comme vous le verrez par la suite . Le lendemain matin 11 août ,après avoir passé une nuit terrible ,le calme commença à revenir . On envoya la compagnie de débarquement à terre ,ainsi que les malades et les mousses . Chaque homme avait son fusil chargé en cas de besoin ,et on avait mis dans les embarcations tous les bagages et les vivres que l’on avait pu sauver . Après trois heures et demi de nage ,nous abordâmes dans une île ,nommée Kohum ,presque déserte appartenant à la Corée . Nous établissons notre camp au pied d’une haute montagne ,couverte de sapins et bordée par une grève assez belle et assez étendue . La première nuit ,nous n’avions pas eu le temps de construire des abris et une pluie torrentielle nous a trempé jusqu’aux os ,ainsi que nos sacs que nous avions laissé par terre . Nous n’avions même plus de quoi nous changer ,et nous dûmes attendre que le soleil se montre pour sécher nos effets .Les jours suivants ,nous avons construit des tentes avec les voiles que nous avions sauvées et pûmes ainsi nous abriter .

     Ce ne fût pas tout ,car dès les premiers jours les naturels des îles voisines nous rendirent visite  avec leur bateau ,mais ne connaissant pas leurs intentions ,ce fût les armes à la main que nous les accueillîmes . Mais nous fûmes vite rassurés ,et nous aperçûmes qu’ils n’avaient pas de mauvais desseins . Ils vinrent à terre et s’entretinrent avec nos interprètes 

Ce peuple ,appelé Coréen , est bien corporé ,ils sont tous de hautes statures ,ils ont la tête recouverte d’un chapeau en gomme ,très élevé et de forme pointue vers le haut ,les ailes en sont très étendues et tenues par des balancines . Leur vêtement sont fait de grandes robes aux manches pendantes de différentes couleurs et d’une étoffe plus ou moins recherchée suivant le rang de l’individu . Quand aux esclaves ,ils sont tous nu pieds ,et n’ont point le droit de porter le chapeau d’uniforme .Ceux qui ne sont pas encore mariés ,ont comme les chinois une queue de cheveux qui leur descend jusqu’aux talons et ils sont également nu tête . Les premiers jours passés sur cette île ,nous avons souffert de la faim ,et encore plus de la soif .Nous avions droit à un biscuit de six onces distribuée en deux repas et un verre d’eau à chaque repas . Nous sommes restés ainsi pendant 18 jours ,sans que  les coréens ne nous apportent aucune provisions . Ce ne fût qu’au bout d’un certain temps qu’ils apprirent que nous avions défait les cochinchinois ,leur plus grand ennemi .Alors ils nous apportèrent des vivres en grande quantité :Du riz ,des œufs et plusieurs porcs ,ce qui permit d’augmenter les rations de vivres  .Ce n’était pas trop tôt ,car chaque jour nous étions accablés par des travaux qu’on nous faisait faire dans la montagne ,et des exercices que le commandant Aigault nous faisait faire chaque matin : maniement du Fusil , d’obusier ,de   pistolet et de sabre . Notre misère ne se bornait pas là ,car dès que survenait une averse trop abondante ,la terre imbibée d’eau nous glaçait et c’est ce qui a causé la morts de nombreux camarades ,que nous avons dû enterrer dans la montagnes dont j’ai parlé plus haut . Le 26 août ,nous eûmes une fausse alerte ,causée par les cris qu’un second-maître laissa échapper en dormant . Il cria de toutes ses forces ‘’Aux armes ‘’,ce qui causa un grand remue ménage et une grande frayeur ,les gens prenant au hasard qui un fusil ,qui un sabre

Ou mieux un pistolet .Il était alors 10 heures du soir ,et chacun criait de son côté et ce n’est qu’au bout d’une bonne demi-heure que le calme se rétablit dans le camp .Pendant notre séjour dans cette île ,nous n’eûmes qu’à nous louer des coréens ,qui venaient toujours nous rendre visite avec des vivres ,ce qui adoucissait notre sort . Nous étions dans cette perspective ,lorsque le 5 septembre ,nous entendîmes plusieurs coups de canon répétés de minute en minute . A ce bruit ,nos cœurs s’ouvrirent à l’espérance ,et enfin allions nous voir les navires que nos deux chaloupes avaient été chercher . Une commandée par monsieur Poidelou ,Lieutenant de Vaisseaux ,et le grand canot ,commandé par monsieur Laplain , Lieutenant de Vaisseaux également .Nous allions donc sortir de cette triste position , où nous étions ,ce fût notre première réflexion . Mais pendant que nous nous livrions à ces conjonctures ,nous vîmes deux navires anglais dont un brick et une petite frégate ,faisant force voiles pour nous découvrir et nous sauver . Un peu plus tard nous en apercevons un troisième de la même nation ,c’était un brick . Nous envoyâmes une embarcation à leur rencontre ,et dès que ces navires furent à portée de communiquer avec nous ils mouillèrent  ,et nous saluèrent de 21 coups de canon . Nous leur rendîmes leur salut avec le peu de bouches à feu que nous avions pu sauver du naufrage , ils devait être 4 heures de l’après midi .Le lendemain matin ;on envoya une de nos embarcation ,avec quelques officiers   ,et les navires se rapprochèrent de trois encablures de notre île . On commença alors toute sorte de relations amicales avec l’état-major anglais et le même jour ,on commença à embarquer ce que nous avions sauvé du naufrage . Cet embarquement dura 8 jours et le dimanche suivant ,12 septembre , nous allâmes tous à bord des navires anglais avec nos sacs et nos hamacs . Nous appareillâmes en direction de Hong Kong  à 7 heures du soir ,sur une frégate anglaise ,dont l’équipage comprenait 280 hommes . Une compagnie était à bord du brick le ‘’Childers ‘’,et l’équipage de la ‘’Victorieuse ,était sur ‘’L’Espiègle’’ . Ces deux bricks ,firent voiles sur Shangaï ,ville chinoise ,très fertile ,mais malsaine à cause des pluies qui tombent en abondance . Tandis que nous autres à bord du ‘’Déabus’’ faisions route sur Hong-Kong ,ville anglaise éloignée d’une dizaine de lieues de Macao .Cette traversée n’offre rien de remarquable ,si ce n’est le décès de trois hommes morts de maladie .Nous sommes arrivés à Hong-Kong ,le 26 septembre 1847 à 8 heures du soir  et y restâmes deux jours ,pour tout débarquer du ‘’Déabus’’ à bord de grandes jonques ,et le 28 septembre ,nous sommes partis pour Macao à bord du ‘’Vultour’’ ,vapeur anglais  ,qui nous y amena dans la journée ,et nous avons été aussitôt encasernés . Il ne se passa rien de nouveaux jusqu’au 4 octobre  ,jour où nous fûmes à nouveau réunis avec ceux qui avaient été à Shangaï ,et nous apprîmes la perte de 5 hommes . Pendant que nous étions en train de nous amuser un peu et de nous délasser  après les épreuves que nous venions de subir ,notre commandant affréta deux navires américains ,l’un nommé

‘’Great-Britain’’ et l’autre ‘’Sérampore’’ ,qui arrivèrent peu de temps après dans le port . On travailla aussitôt à les préparer pour la traversée et le 29 septembre 1847,nous avons embarqué à bord du ‘’Sérampore’’ au nombre de 238 . Nous fîmes notre provision d’eau sur rade . Dans la nuit du 25 au 26 novembre  le ‘’Great-Britain ‘’ arriva sur rade et le 27 novembre ,nous fîmes voiles sur le Cap de Bonne Espérance  . Je vous donnerais seulement un résumé des événements qui arrivèrent pendant la traversée . Le 4 décembre ,nous avons doublé le détroit de Gaspard ,formé par les îles Gaspard ,Alceste ,Rocky etc. ,le 11 décembre nous étions dans le détroit de la Sonde ,formé par l’île des deux Frères ,Java ,Sumatra , Billiton ,et l’île des princes . Mais le temps fût si mauvais et les vents tellement contraires ,que nous fûmes obligés de relâcher par deux fois ,et ce n’est que le 25 décembre au soir que nous avons perdu la terre de vue . Le mois de janvier ne nous apporta rien de nouveau ,et ce n’est que le 30 que nous sommes arrivés à Tablebay ,Cap de Bonne Espérance . La ville de Tablebay ,est située aux pieds de hautes montagnes  ,dites de la Table du Lion . A droite  ,on peut apercevoir deux feux destinés à éclairer les navires qui entrent dans la rade et de l’autre côté ,une grande plage de sable blanc et fin .On voit un grand nombre de moulins à vent ,tout le long de cette plage  . A l’entrée de la rade ,il y a une petite île appelée Rableu . Nous profitâmes de notre séjour ,pour renouveler nos provisions de vivres et d’eau . Le 11 février 1848 ,nous appareillons pour les côtes de France ,et le 26 ,nous longeons l’île de Sainte-Hélène ,sans toutefois nous y arrêter . Un mot sur cette île qui n’est qu’un rocher d’une dizaine de lieues de tour ,où on ne peut rien y récolter ,et où ne poussent que des saules pleureurs ,seuls compagnons de l’Empereur Napoléon . On peut également y voir une belle cascade qui tombe du haut des rochers dans la mer .Ce même jour ,nous voyons le brick de l’état le ‘’Voltigeur’’ ,et le soir mourut un homme . Le 1er mars ,nous longeons l’île de l’Ascension ,et le 6 mars nous passons la ligne . Le 13 mars ,nous avons rencontré un trois-mâts anglais qui nous a remis des lettres et journaux .Le 19 mars ,notre vergue de petit hunier cassa et fût remplacée dès le lendemain .Nous avons passé le tropique du Capricorne ,,et le 3 avril mourut un homme . Puis rien de nouveau jusqu’au12 avril où nous reçûmes un coup de vent ,et aperçûmes de nombreux navires dont des français ,qui portaient sur le pavillon non pas du bleu à la hampe ,mais du rouge .Nous ne pouvions évidemment pas deviner la cause de ce changement, vu que nous n’avions reçu aucune nouvelles de la République .Rien ne se passa jusqu’à Brest ,où nous arrivâmes le 16 avril 1848 ,après une traversée de 4 mois et 20 jours  .Le 17 avril nous avons débarqué du ‘’Sérampore’’ et on nous a mis en caserne à Brest où nous sommes restés jusqu’à nouvel ordre . Nous avons dû séjourner aux quartiers de la marine ,jusqu’au25 mai ,jour où nous avons été congédiés  .

 

Fait à bord de la Frégate ‘’La Gloire’’ pendant la campagne de Chine   Par LOUIS-VICTOR  COURILLON .

Ceux ou celles qui en feront lecture auront la bonté d’excuser COURILLON .

 

carte postale achetée par moi-même

 

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