Généalogie de José CHAPALAIN


 

 

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Quelques aspects du problème de la rogue

Douarnenez arrivée des rogues de Norvège CP de 1920    03/12/2005

 

extrait des "Mémoires de la ville de Douarnenez" N° 5

article de Herlé DENEZ

LA ROGUE ?

" La rogue représentait l'ensemble des oeufs de poissons femelles, morues, harengs, maquereaux, merlus, la plus recherchée étant celle de morue, monopole des Norvégiens, dont le plus grand centre était la ville de Bergen. Elle était faite à partir des oeufs situés dans les poches pleines des morue avant la ponte. Les morues étaient pêchées dans les eaux des îles Lofoten, de Romstal et du Finmark par les Norvégiens, les Finnois et les Lapons. Elles étaient ensuite soigneusement vidées de leur poches d'oeufs (sans les crever) puis saumurées et mises en barils qui étaient expédiés à Bergen, le grand centre de tri et d'exportation. Là, les différentes rogues étaient triées, et classées en rogues de 1ère, 2ème et 3ème qualités, avant d'être replacées dans de nouveaux barils et exportées.

Une rogue de bonne qualité ne devait absolument pas s'effriter au toucher, mais au contraire : "il fallait qu'en ouvrant le baril, le contenu en soit ferme et résiste à la pression, qu'en soulevant les couches avec les mains, elles se détachent, pour ainsi dire, complètes, que les poches soient bien pleines et les oeufs bien développés, qu'en brisant ces poches, elles résistent et crient, qu'en pressant la graine sousles doigts, elle ne fasse point pâte, enfin que l'odeur soit franche, sans aucune senteur d'aigre ou de fermentation."

 

ASPECT HISTORIQUE

"Cette prédominance des négociants norvégiens remontait au milieu du XVII ème siècle, lorsqu'en 1658 Frédéric III, roi du Danemark et de Norvège accorda à M. Preben d'Ahn et à ses associés le privilège d'établir une compagnie pour préparer et recueillir la rogue.

Jusqu'à l'apparition de la rogue, on employait divers appâts, dont le plus prisée était la gueldre , ou chevrette pilée souvent mélangée à du frai de poison.

L'ordonnance de la marine et un arrêt de 1727 ayant prohibé la pêche de la gueldre ou chevrette, la rogue de stock fish, ainsi que cela ne pouvait manquer, acquit une élévation de prix qui la porta rapidement de 24 livres le baril en 1776; ce prix séleva jusqu'a 75 et 80 livres en 1773, quand une compagnie française, qui s'était entendue à cet égard se rendit en Norvège même et accapara toute cette denrée."

 

Article du Docteur Morvan en 1875

" Pour ne parler que des 600 bateaux de Douarnenez, les renseignements officiels donnent les résultats suivants : les 100 plus favorisés réalisent quelques bénéfices; 100 autres arrivent à équilibrer leur budget, enfin  400 ne peuvent même pas payer leur rogue, à tel point que 80 environ, à bout de ressources, ont dû désarmer en pleine pêche."

 

détail complet de l'article dans le N°5 des "Mémoires de la ville de Douarnenez"

 

En conclusion :

" La rogue de Bergen garda sa primauté intacte, laissant ainsi se perpétuer le système d'inter-dépendances complexes qui régissait l'industrie sardinière d'alors. Du thon cru ou cuit au maquereau, de la chevrette pilée et saumurée au reste d'étêtage de poissons, des graines de colza au tourteaux de lin, du hareng du Sénégal au hareng de Rouen, des sauterelles d'Afrique aux sauterelles des Bouches-du Rhone, du sable à la farine d'arachide et de bien d'autre encore, la rogue de Bergen paraissait absolument irremplaçable.

En réalité une solution en vint définitivement à bout. Elle porta divers noms à différentes époques : senne Belot, senne Erraud ou Eyraud, senne Guezennec ou Bolinche."