Généalogie de José CHAPALAIN
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Remarques sur la misère, la mendicité et l'assistance en Bretagne à la fin de l'Ancien Régime article de Henri Sée date ? (je suppose extrait d'un bulletin de la Société Archéologique ou autre association) page 107 à 132 extraits choisis
Chapitre II " Il apparaît clairement que les pauvres et les mendiants se recrutent surtout dans la classe des ouvriers agricoles. Ces journaliers paraissent avoir été nombreux en Bretagne au XVIII e siècle.... " Fort souvent, c'est un quart ou un cinquième de la population qui travaille à la journée... " Il faut considérer que ces journaliers n'ont aucune sorte de propriété ou, tout au plus, d'infimes parcelles de terre, qu'ils n'ont d'autres ressources que le travail de leur bras. Or, leurs salaires sont généralement très faibles: ils ne dépassent pas 8 à 10 sous en Haute Bretagne, ne s'élèvent à guère plus de 6 sous en Basse Bretagne.... " Ces journaliers, dénués à peu près de toute propriété, doivent souffrir plus que les autres campagnards des crises qui ont pour effet de doubler, de tripler même le prix des denrées nécessaires à la vie.... " On peut donc conclure avec un subdélégué, en 1770, que les mendiants de la campagne ne mendient que "faute de trouver de l'ouvrage". Les journaliers, qui parviennent à peu près à vivre lorsqu'ils ont du travail, sont précipités dans la misère, dès qu'ils ont obligés de chômer... " Que conclure de ce qui précède ? C'est qu'en Bretagne, au XVIII e siècle, les pauvres sont vraiment nombreux dans les campagnes, qu'une partie notable de la population, ne vivant que d'une façon précaire, est à la merci d'une mauvaise récolte ou d'une année de chômage, et que la pauvreté se transforme rapidement en misère....
Chapitre III " Dans les villes, on constate aussi l'existence de nombreux pauvres. La misère apparaît surtout dans les grandes villes..... " Il semble bien, en effet, qu'une bonne partie des pauvres des villes sont originaires de la campagne... " C'est de pauvres de la campagne que sont formés surtout ces bandes de vagabonds qui parcourent les routes, en tous sens. On remarque souvent que ce sont des villes situées sur les grandes routes qui sont la proie des mendiants et des vagabonds. A Chateaulin, déclare t on, "il en vient de toutes parts, parce que nous sommes sur la grande route de Quimper à Brest... " Ces vagabonds, ces mendiants professionnels pillent les champs, détroussent les voyageurs, terrorisent les habitants des fermes et des hameaux. Le fléau ne fait que s'aggraver dans la seconde moitié du siècle; les cahiers de paroisses de 1780 ne cessent de s'en plaindre, demandent que le gouvernement prenne des mesures efficaces pour faire disparaître la mendicité et le vagabondage...
Chapitre IV " On se rend compte, en effet, que la charité privée est impuissante à soulager la misère. Les propriétaires nobles ne s'acquittent que très mollement de leur devoir de charité. Les décimateurs ecclésiastiques ne secourent que bien peu les pauvres.... " La grande préoccupation de l'administration royale, c'est toujours la répression de la mendicité. Dès le règne de Louis XIV, elle avait prescrit d'enfermer les mendiants et les vagabonds dans des hôpitaux généraux, où on les astreignait au travail; la déclaration de 1724 réédita les mesures prises au XVII e siècle. On installa, en fait, des hôpitaux généraux dans la plupart des villes; mais leur ressources étaient tout à fait insuffisantes, et ils ne purent contenir qu'une faible partie des professionnels de la mendicité.... " La création des dépôts de la mendicité ne fut guère plus efficace. Au début de 1767, on établit quatre en Bretagne (à Rennes, Nantes, Vannes et Quimper ), et, dès le commencement, en 1767, on opéra la capture des vagabonds.... " En réalité, il semble bien que les dépôts de mendicité ne soient pas parvenus à remédier à la mendicité et au vagabondage.... " Seules "la marmite des pauvres", tenue par les Filles de la Charité, rend de sérieux services. On est donc obligé de laisser libre cours à la mendicité, en se contentant de la soumettre à une certaine règlementation....
Chapitre V " Il est vrai qu'après 1774, sous l'influence de Turgot, puis de Necker , l'administration s'efforce de remplacer les mesures de coercition par des mesures d'assistance et surtout d'organiser l'assistance par le travail, en instituant des "ateliers de charité". Mais en Bretagne, ces ateliers de charité ne fonctionnèrent pas réellement. L'intendant, en 1777, fait appliquer l'ordonnance du 30 juillet qui prescrit " la capture de tous les mendiants qui continueront cette profession après le délai que sa S. M a prescrit..... " La maréchaussée, il est vrai, a fait arrêter les vagabonds et les a mis au dépôt de la mendicité de Rennes. Mais comment obliger les mendiants à se retirer dans leur paroisse d'origine, si celles-ci ne peuvent "faire subsister les valides par les travaux et les invalides par des soins.... " En 1780, les Etats refusent de participer aux dépenses nécessitées par le "destruction du vagabondage et de la mendicité"; ils invoquent l'ordonnance du 3 août 1764 et l'arrêt du 21 octobre 1767, par lesquels le roi s'engage à recevoir à se frais, dans les dépôts, les mendiants et les vagabonds"...... " Les Etats s'efforcent même de faire obstacle aux ordonances qui prescrivent de contraindre au travail les pauvres valides. Ils protestent contre les arrestations arbitraires...
Chapitre VI " Une autre création, qui fut tentée en Bretagne comme ailleurs, à la fin de l'Ancien Régime, ne paraît pas non plus avoir donnée grands résultats : ce fut celle des "bureaux d'aumônes".... " En décembre 1777, Necker recommande à l'intendant de provoquer l'établissement des bureaux de charité et d'aumône dans les paroisses, d'encourager à cet effet les bourgeois aisés et surtout les curés..... " Il s'est déjà établi quelques uns de ces bureaux en Bretagne : il faudrait en multiplier le nombre : "ils sont composés, dans les campagnes, du seigneur ou de son juge, du recteur, des plus riches notables, dans les villes, des principaux magistrats, des recteurs, des dames de charité, enfin de toutes les personnes recommandables par leurs noms, et qui, par leur aisance, doivent être les premiers à fournir l'exemple"..... " Quelques jours plus tard, le 12 février 1778, l'évêque de Rennes, Mgr Bareau de Girac, essayait aussi de provoquer la création des bureaux de charité et s'adressait à cet effet aux recteurs, auxquels il envoyait un projet de règlement fort précis. Il part de ce principe que chaque paroisse "doit secourir ses pauvres" : il faut exclure de la charité paroissiale les étrangers, les, vagabonds. A cet effet, les recteurs, qui auront la haute main sur les bureaux d'aumônes, dresseront, chaque année, "un état exact des pauvres et autres nécessiteux de la paroisse, de la cause et du genre de leurs besoins et du nombre de leurs enfants"; ils n'y inscriront que ceux qui sont nés ou véritablement établis dans la paroisse, et qui seront "d'une bonne vie". Le bureau, qui se réunira au moins tous les quinze jours, consignera sur un registre ses délibérations; il sollicitera les aumômes et les dons et créera une caisse. On distribuera aux femmes et aux filles des laines, cotons et filasses, qu'elles travailleront et elle rapporteront au bureau les étoffes ainsi fabriquées. On incitera les seigneurs à concéder aux pauvres "pour un temps déterminé" des portions de leurs landes ou terrains vagues; le bureau avancera les frais de culture et de semence aux pauvres qui prendront des terres "à ferme ou à moitié"....
Chapitre VII " Les efforts les plus sérieux qui aient été tentés ont trait à l'assistance médicale. En temps d'épidémies, on distribue des médicaments, dans les campagnes comme dans les villes; on commence à nommer des "médecins des épidémies".... Turgot a beaucoup contribué à améliorer l'assistance médicale, notamment en créant, en 1776, la "Société royale de médecine", qui se composa de savants dégagés de la routine. La Société suscita des enquêtes dans toute les provinces sur la santé publique, encouragea les progrès de la thérapeutique, l'inoculation etc..... L'administration en Bretagne comme ailleurs, se préoccupa de favoriser les créations de cours d'accouchements pour former des sages-femmes instruites ..... les sages-femmes étaient encore bien peu nombreuses et on n'en trouvait presque aucune dans les campagnes, comme le montrent les cahiers de doléances de 1789... " Il semble que l'assistance ait été encore plus mal organisé en Bretagne que dans les autres régions de la France. Il est vrai que l'oeuvre, qu'elle avait a y accomplir était encore plus difficile qu'ailleurs, car la misère y était particulièrement forte. Le pays était pauvre, la culture, encore bien primitive; les terres incultes y occupaient une énorme superficie.. " Cependant, la faillite de l'assistance tient encore, en Bretagne, à une autre cause : les Etats de la province, sur lesquels le gouvernement veut rejeter une partie de la charge de l'assistance, s'y refusent le plus possible, qu'il s'agisse des dépôts de mendicités ou des ateliers de charité; si ceux-ci ne purent fonctionner, c'est l'opposition des Etats qui en semble surtout responsable."
superbe article acheté sur internet, ce qui explique la non connaissance de l'origine et de la date
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